– Des murs et des couleurs –

colonnes-ACNDTHabitués à voir les murs de nos églises gothiques nettoyés et parfois blanchis, nous avons du mal à imaginer qu’à leur construction, elles étaient peintes de couleurs souvent très vives : fresques de scènes bibliques ou de scènes de la vie quotidienne, guirlandes de fleurs, animaux ou encore figures de personnages célèbres égayent les murs, les sculptures des façades et les sculptures intérieures, et parfois jusqu’aux voûtes les plus élevées.

Les pigments sont nombreux et variés mais ce sont principalement les minéraux qui sont utilisés, pour fournir des tons soutenus de brun, d’ocre et de rouge. La céruse et l’huile de noix fournissent du blanc. L’œuf est utilisé comme liant, selon une technique toujours utilisée aujourd’hui pour la création des icônes. Des touches d’or soulignent des détails de façon subtile, selon des codes empruntés aux enlumineurs. Le noir accentue les motifs pour créer des effets d’ombre et de perspectives en trompe-l’œil. Des historiens de l’art estiment que « la polychromie est une des lois les plus impérieuses de l’art pendant tout le Moyen Âge ». (1)

La cathédrale Sainte-Cécile d’Albi est un magnifique exemple de cette volonté de mettre en couleur les églises : cet édifice abrite une remarquable fresque dite « du jugement dernier » datée du XVème siècle, sublimée par les trompe-l’œil en forme de colonnade ou de branches d’acanthe.

Michel Pastoureau, historien de l’art et spécialiste de la symbolique des couleurs, note cependant qu’à l’exception notable des grandes cathédrales, les compositions murales deviennent beaucoup plus sobres et simples à partir du milieu du XIIIème siècle. Elles ont surtout pour objectif de souligner l’architecture en mettant en valeur les arches, clefs de voûtes et nervures des colonnes.

cathédrale albi- albi tourisme
Cathédrale d’Albi – Site Albi-tourisme

Une certaine idée d’un Moyen Âge  obscurantiste et fruste, née au siècle des Lumières et qui perdure parfois encore aujourd’hui, ainsi qu’une volonté d’ascétisme inspirée par la Réforme, a malheureusement souvent conduit les héritiers des bâtisseurs à recouvrir de chaux ou à gratter ces peintures jugées criardes ou immodestes. Toutefois, les travaux de restauration entrepris depuis le milieu du XXème siècle ont permis, comme à Chartres, de retrouver les peintures sous les badigeons, malheureusement souvent très abîmées.

Les peintures murales de notre-Dame de Taverny n’ont malheureusement pas échappé aux ravages du temps ni aux tentatives maladroites de donner à l’édifice l’aspect dépouillé qu’on lui supposait à ses origines.

Cependant, une visite attentive de l’église et de ses recoins permet de retrouver quelques traces des couleurs d’origine, qui semblent plus sobres et simples que celles des grandes cathédrales.

Les plus visibles d’entre elles concernent la ceinture funéraire (ou litre funéraire) qui entourait toute l’église et les colonnes principales, sur lesquelles elle est encore bien visible. Cette ceinture de couleur noire permettait d’indiquer que l’édifice était le lieu de sépulture d’un seigneur local : les armoiries du seigneur y étaient souvent apposées, mais si le blason des Montmorency était peint sur celle de Taverny,  il n’est aujourd’hui plus visible.

    D’autres traces de peinture apparaissent également à différents endroits : Les colonnettes du bas-côté nord sont par endroits teintées d’un bleu vif qui se laisse aussi deviner sur les colonnes centrales qu’elles entourent.

  Différentes teintes de rouge sont aussi bien présents dans l’absidiole nord (Chapelle de la Vierge) : on en distingue les marques sur les colonnes extérieures. La peinture des colonnes des arches intérieures est  aujourd’hui cachée par le grand tabernacle, mais elle est bien visible sur les photos des années 1990.

  La plus jolie trace de peinture murale de l’église se laisse admirer dans la chapelle de l’absidiole sud : de naïfs motifs de fleurs rouges et d’étoiles noires décorent la niche de la fontaine liturgique. Sur le mur qui l’entoure, les fleurs sont reprises en alternance avec des zones jaune-ocre : la disposition des motifs évoquent un carrelage mural qui épouserait la forme des pierres.

Au delà des murs, les panneaux de chêne de la tribune d’orgue qui racontent la vie de Saint-Barthélémy étaient eux aussi peints sur fond d’or. L’emblématique Vierge en bois de Taverny elle-même semble avoir été initialement en bois polychrome, mais il ne reste hélas aujourd’hui aucune trace de couleur pour nous permettre de l’imaginer…

 

(1) Louis Courajod, « la polychromie dans la statuaire du Moyen-âge et de la Renaissance », 1888

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Bibliographie :  « L’art gothique : l’architecture, la peinture, la sculpture, le décor »  de Louis Gonse (1890, éditions Librairies-Imprimeries réunies) / « L’Église et la couleur, des origines à la Réforme » de Michel Pastoureau (1989, Bibliothèque de l’école des chartes) / « Notre Dame de Taverny » de Laure Schauinger (1998)

Sitographie : Notice sur la construction de Notre-Dame de Paris de la BNF /  Site d’informations touristiques sur la cathédrale d’Albi

Photos : Photos de l’intérieur de l’église : ACNDT  / Photo de la cathédrale d’Albi : https://www.albi-tourisme.fr/

3 réflexions sur “– Des murs et des couleurs –

  1. il y a aussi quelques traces de « doré » sur des chapiteaux des colonnettes ‌du triforium nord à côté de la colonne du milieu, vers le portail ouest…. J.C.

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