– Louis Charbonneau-Lassay et le retable –

retable-ACNDTQuiconque est déjà entré dans l’église de Taverny n’a pu qu’être impressionné par la taille et la beauté du retable de l’époque Renaissance qui en orne le chœur. Il fut offert au XVIème siècle par le connétable Anne de Montmorency à l’église de ses ancêtres.

Cet imposant retable entièrement sculpté regorge de symboles, et parmi ceux-ci, certains passionnèrent en son temps un certain  Louis Charbonneau-Lassay…

Mais reprenons les choses dans l’ordre.

Il y a quelques mois, notre association trouvait par hasard sur le web  un article parlant du retable de Taverny.  De fil en aiguille, nous sommes entrés en contact avec M. Gauthier Pierozak, qui nous a mis sur la piste d’un éminent archéologue poitevin, peu connu du grand public, mais qui eut un lien particulier avec l’église de Taverny.

Atelier_LCLLouis Charbonneau-Lassay naît en 1871 à Loudun, dans le Poitou.  Esprit vif et curieux, Louis est écolier chez les Frères de Saint-Gabriel, et décide de devenir Frère à son tour. En 1903, les congrégations religieuses sont dissoutes et Louis retourne à la vie civile. Il devient archéologue, historien, collectionneur d’objets anciens et reste toute sa vie passionné par les symboles notamment religieux.

Il se lance alors dans un travail gigantesque pour répertorier les symboles chrétiens, qu’il divise en 4 thèmes : le Bestiaire, le Vulnéraire, le Floraire et le Lapidaire. Le premier volume, « le Bestiaire du Christ », est publié en 1940. C’est une riche compilation de près de 1000 pages, agrémentées d’illustrations sur bois de l’auteur (qui est aussi graveur à ses heures). Le deuxième volume, « le Vulnéraire du Christ », qui aborde la signification des Cinq Plaies du Christ selon les points de vue symboliques, historiques et archéologiques, ne sortira malheureusement jamais, car Louis meurt en 1946 avant d’avoir achevé son œuvre.

Le manuscrit disparaît, mais Louis laisse de nombreuses notes et articles sur ses recherches.

Mais quel rapport avec notre église et notre retable ?

Dans les années 1920, Louis Charbonneau-Lassay entreprend une étude sur les représentations du Sacré-Cœur dans les églises de France. Par quel biais a-t-il entendu parler du retable de Taverny ? Les archives que M. Pierozak a retrouvées montrent que le curé de Taverny de l’époque, l’abbé Roux, était en contact épistolaire en octobre 1922 avec le Révérend Père Félix Anizan, qui dirigeait la revue mensuelle Regnabit, revue universelle du Sacré-Cœur, qui offrait à ses lecteurs de diverses études dogmatiques, artistiques, poétiques, etc. sur ce symbole essentiel dans le catholicisme. Le Père Anizan transférait tout ce qui concernait l’iconographie du Sacré-Coeur à Charbonneau-Lassay, qui publiait régulièrement à ce sujet des articles dans la revue…

Ayant pris connaissance d’une photographie du retable et de croquis par l’abbé Roux d’éléments du retable du plus haut intérêt du point de vue iconographie, Charbonneau-Lassay s’adresse à l’abbé Roux pour lui demander des renseignements complémentaires, en particulier sur la date de fabrication. Louis s’intéressait en effet aux symboles gravés sur la frise du premier étage du retable, qui mêle blasons, motifs floraux et symboles de la Passion de Jésus, et désirait les placer dans le contexte historique de la doctrine du Sacré-Coeur.

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Parmi ces symboles, deux attirent particulièrement l’attention de Louis : il s’agit d’un cœur entouré d’une couronne d’épines, et d’une croix surmontée d’un cœur, dont l’abbé Roux lui a indiqué l’emplacement par le biais de petites marques sur une photo du retable qu’il lui envoie.

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Là où l’art sacré de la Renaissance représentait généralement le Christ en croix dans son ensemble, l’originalité de la représentation du retable de Taverny réside tout d’abord dans le fait que le Christ y est symbolisé par son cœur, transpercé d’une lance (*) ou entouré d’une couronne d’épines. Mais surtout, et c’est peut-être ce qui est le plus important ici, c’est que le retable date de la première moitié du XVIème siècle, c’est-à-dire plus de deux siècles avant l’institution de la fête solennelle du Sacré-Cœur en 1765, suite aux visions de Jésus dévoilant son cœur à la jeune nonne Marie Alacoque 1647-1690), à Paray-le-Monial.

Louis, qui était aussi un archéologue renommé, ne pouvait être qu’intrigué par la présence du cœur de Jésus ainsi représenté sur le retable de Taverny.

Il publie le fruit de son travail en 1923, dans la revue « Regnabit », dans un article intitulé « l’iconographie ancienne du cœur de Jésus : les documents de Vendôme et de Taverny ». L’article est agrémenté de ses propres gravures reprenant les dessins de l’abbé Roux.

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Ces motifs sont toujours présents sur le retable de l’église de Taverny, qui connut pourtant quelques péripéties que nous vous raconterons une prochaine fois…

Ce retable est donc ainsi un des rares témoignages de l’existence d’une dévotion au Cœur de Jésus bien avant son institution par l’Église, et il fait poser des questions à notre archéologue, et à d’autres chercheurs plus contemporains, sur la nature de ces représentations plus anciennes.

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Une bonne nouvelle pour les curieux : si cet article vous a donné envie d’en savoir plus, sachez qu’après un long travail d’analyse des archives de Charbonneau-Lassay par Mr Pierozak, la maison d’édition Trédaniel a publié le manuscrit « Le Vulnéraire du Christ » enfin reconstitué, qui approfondit le sujet des représentations anciennes et mystérieuses des cinq blessures du Christ !

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(*)  M. Pierozak nous en explique le sens : « il s’agit de la lance du centurion Longinus, qui servit à confirmer la mort de Jésus sur la croix en le frappant au côté. Symboliquement la lance aura transpercé le côté du Christ et pénétré jusqu’au cœur. C’est cette blessure du coeur lors de la Passion qui est ainsi représentée dans l’église de Taverny, chose fort rare. Donc c’est bien d’une « perle » dont il s’agit, comme le dit Charbonneau dans son article sur Taverny, une perle précieuse pour notre archéologue… »


L’ACNDT remercie chaleureusement M. Gauthier Pierozak pour ses précieuses indications, la mise à disposition des archives numérisées de Louis Charbonneau-Lassay et sa participation très active à la rédaction de cet article.

Thérèse Leroy


Sources bibliographiques  : Page wikipedia de Charbonneau-Lassay / Site de la ville de Loudun / Archives de Louis-Charbonneau-Lassay

Photos : Photos de l’église : ACNDT / Autres photos et scans de documents  : archives personnelles de M. Gauthier Pierozak

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