– Saint-Joseph et l’Enfant Jésus –

Tableau de Saint-Joseph de l’église de Taverny

Si la Vierge Marie est représentée à de nombreuses reprises dans l’église de Taverny, à travers les vitraux, les statues et les tableaux de l’édifice, son époux Saint-Joseph y est beaucoup plus discret…

Cependant, un beau tableau lui rend hommage dans son rôle de protecteur et de père nourricier de l’enfant Jésus. Cette représentation intime de l’amour de Joseph pour Jésus est inconnue dans l’époque médiévale, qui privilégie la représentation de Jésus avec sa mère. Elle commence à apparaître seulement après le Concile de Trente, pendant la Contre-Réforme.

Le tableau de Taverny, une huile sur toile de 90 cm sur 70 cm, est accroché au-dessus du baptistère, dans le bas-côté Nord de l’église. Il nous donne à voir l’image d’un vieil homme émerveillé par l’enfant qu’il tient dans les bras, un poupon potelé qui le regarde avec attention et confiance. L’ensemble donne une grande impression de douceur et d’amour.

Saint-Joseph et l’Enfant Jésus, huile sur toile, Taverny

Mais approchons-nous pour détailler de plus près ce tableau…

Un grand manteau jaune-orangé enveloppe dans un même mouvement un Joseph vieillissant (personnage central du tableau) et l’enfant Jésus qu’il tient avec tendresse dans ces bras : cette couleur que l’on réserve traditionnellement à Joseph symbolise la révélation de l’Amour divin à l’âme humaine. La sainteté de Joseph est mise discrètement en valeur par un léger nimbe au-dessus de sa tête.

L’enfant Jésus regarde Joseph et lui tend une pomme chargée d’une puissante évocation symbolique. Elle rappelle le péché originel qui valut à Adam et Eve d’être chassés du paradis, pour avoir désobéi à Dieu en mangeant le fruit défendu (*). Par un effet de miroir, la pomme qui symbolisait le péché devient dans la main de l’enfant le symbole de la Rédemption. En l’offrant à Joseph, Jésus offre à l’humanité son salut par le rachat du péché originel.

Un voile transparent figuré par l’ajout d’un liseré blanc autour des personnages accentue l’impression de mystère autour de cette scène où le divin se révèle.

D’où vient ce tableau ?

Si la date et les conditions de son installation dans l’église de Taverny restent encore mystérieuses (on sait seulement que ce tableau date de la fin du XVIIème siècle), l’origine, elle, est bien identifiée. Il s’agit en effet d’une copie du tableau « Saint-Joseph et le Christ enfant » de Guido Reni, peintre de l’école de Bologne (époque baroque italienne), probablement peint en 1640. Ce tableau est aujourd’hui conservé au Musée des Beaux-Arts de Houston. Le copiste a cependant pris quelques libertés avec l’original, notamment par l’ajout des éléments suggérant le voile entrouvert sur cette scène d’intimité familiale et par l’accentuation du nimbe autour de la tête de Joseph.

Guido Reni : « Saint-Joseph et le Christ-enfant », 1640

Mais si le tableau de Taverny est aujourd’hui en très bon état, il n’en a pas toujours été ainsi ! En 1993, Maurice Boscavert, maire de Taverny, entreprend de faire restaurer le tableau qui s’abîme. Il s’adresse à l’atelier de madame Marie-Paule Barrat, qui lorsque nous l’avons contactée, nous a très gentiment communiqué son rapport d’intervention.

Nous apprenons ainsi qu’au moment de la prise en charge du tableau, des « repeints épais dissimulaient le voile qui encadre la scène, les usures des glacis bruns et les mastics comblant d’anciens écaillages ». La toile était recouverte d’un chanci opacifiant la peinture, dû à l’altération du vernis. L’étape de nettoyage de l’ancien vernis révèle les couleurs originales. Sous la couche ancienne de vernis et les anciens mastics apparaissent la chair rosée de l’enfant Jésus et le beau manteau de Joseph !

Une fois le vernis minutieusement nettoyé et les repeints tardifs retirés, le tableau présente à de nombreux endroits des « lacunes et des usures de la couche picturale », qu’il s’agit de combler : des « glacis de pigments au vernis mastic » sont alors posés sur une sous-couche de gouache, pour redonner peu à peu à l’œuvre son aspect d’origine. La dernière étape, enfin, consiste à revernir le tableau, pour lui assurer une bonne longévité. Le résultat est spectaculaire…

Après la restauration, le tableau a été entreposé pendant plusieurs années dans la sacristie, avant d’être enfin ré-encadré puis installé dans l’église, au-dessus du baptistère où nous pouvons toujours l’admirer aujourd’hui. Il a été classé au titre « objet » aux Monuments Historiques en février 1996.

L’ACNDT remercie chaleureusement madame Marie-Paule Barrat, qui a répondu à nos questions avec beaucoup de gentillesse et nous a autorisés à utiliser son dossier de restauration pour écrire cet article. Nous remercions également monsieur Mariel Hennequin du musée Jeanne d’Aboville, qui nous a aidés à rentrer en contact avec madame Barrat.

Thérèse Leroy

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(*) Une petite anecdote au sujet de cette fameuse pomme ? Dans la Bible, le pommier n’est pas mentionné. On y parle de l’arbre de la Connaissance du Bien et du Mal, le seul arbre du Paradis dont Dieu interdit à Adam et Eve de manger les fruits. Or le fruit en latin se dit « pomum », tandis que la pomme se dit « malum », ce qui est aussi l’adjectif désignant le mal ! La confusion est facile… C’est ainsi que le fruit de l’arbre de la Connaissance du bien et du Mal est devenu dans la tradition populaire une pomme, peut-être par la faute d’un copiste distrait !

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Crédits photographiques :

Etapes de la restauration du tableau : archives de madame Marie-Paule Barrat / Tableau original de Guido Reni « Saint-Joseph et le Christ enfant » de 1640 : Musée des Beaux-Arts de Houston (mfha.org) / Clichés du tableau dans son état actuel et de son emplacement dans l’église : ACNDT

Références bibliographiques :

Notice PM95001605 de la base Palissy du Ministère de la Culture / « Peinture religieuse du Grand Siècle (volume 3) » publié par le service de Conservation départementale des Antiquités & Objets d’Art du Val d’Oise / Dossier de restauration du tableau, mars 1994, avec l’aimable autorisation de madame Marie-Paule Barrat / Notice du tableau « Saint-Joseph et le Christ enfant » de Guido Reni, Musée des Beaux-Arts de Houston

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