Ernest Gaillard, orfèvre amoureux d’une église

Si vous suivez nos articles, vous avez remarqué qu’un nom revient fréquemment dans nos bibliographies : celui d’Ernest Gaillard, auteur d’une monographie d’une exceptionnelle qualité sur l’église de Taverny. Cette monographie malheureusement inachevée fut publiée sous forme d’épisodes dans les bulletins paroissiaux de Taverny de 1906 à 1909, puis reprise dans les bulletins de 1933 à 1937, patiemment numérisés par l’Association Généalogique de Taverny.

Mais qui est donc ce mystérieux Ernest, dont le nom n’apparaît que très discrètement au détour de l’un des épisodes de cette monographie ? Nous trouvons une piste sur le site du musée d’Orsay : il existe un joaillier du nom d’Ernest Auguste Gaillard, né en 1836. Cet indice est suffisant pour nous lancer sur ses traces et retrouver son histoire ! Du musée d’Orsay au Musée des Arts décoratifs, en passant par les archives de la Bibliothèque Nationale de France, nous déroulons peu à peu le fil…

Acte de naissance d’Ernest

Pour Ernest, la joaillerie est une affaire familiale. Son grand-père Auguste travaille l’or dans son atelier parisien jusqu’en 1821, avant de passer la main à son fils Amédée, qui crée la maison Gaillard en 1840 et se spécialise dans les bijoux en cuivre doré puis plus tard en argent. Ernest naît à Paris, le 18 mars 1836, dans la maison familiale.

Il s’initie à la joaillerie avec son père et en 1860, c’est à son tour de prendre les rênes de l’entreprise, rue de la Boétie à Paris. Il travaille presque exclusivement l’argent et l’émaillage. Aux bijoux s’ajoutent des objets d’art, comme cette coupelle ou ce bel encrier que l’on peut voir au Musée d’Orsay. Sa réputation grandit : plusieurs médailles récompensent son travail, d’abord à l’exposition de 1878 puis à celle de 1889, tandis qu’il forme son fils Lucien qui deviendra à son tour un orfèvre reconnu.

Ernest fait beaucoup pour le développement et la notoriété de son art. Il contribue notamment à la création de l’École Professionnelle de Dessin et de Modelage de la Chambre Syndicale de la Bijouterie, avant d’en devenir le directeur. Il est aussi à l’origine en 1870 du Bal de la Chambre Syndicale de la Bijouterie, l’événement mondain de bienfaisance incontournable de la fin du XIXème siècle !

En 1889, en récompense de son travail acharné au service de la bijouterie française, mais aussi de son engagement dans de nombreuses œuvres caritatives et de ses états de service pendant la guerre de 1870, il est promu Chevalier de la Légion d’Honneur.

Après une vie bien remplie au service de son art, Ernest prend sa retraite en 1892, non sans avoir confié la Maison Gaillard à son fils Lucien, qui deviendra l’un des maîtres de l’Art Nouveau à la production foisonnante.

Ernest, lui, se retire dans la paisible ville de Taverny, où il meurt le 11 septembre 1909, dans sa maison du 36 rue de Paris (*). Il repose dans le caveau familial au cimetière de Taverny. Sa femme Adeline Henriette Poyé décèdera quelques années plus tard, et l’on peut lire sur son acte de sépulture qu’elle était une « insigne bienfaitrice de l’église et de la paroisse », preuve de l’attachement de la famille Gaillard à l’église de Taverny.

Sans doute la beauté de notre église attira-t-elle l’œil d’artiste d’Ernest, car durant ses années tabernaciennes, il se penche longuement sur son histoire et son patrimoine, qu’il décrit en détail dans cette monographie qui reste aujourd’hui une référence incontournable pour qui s’intéresse à Notre-Dame de Taverny.

Avec beaucoup de verve et parfois d’humour, Ernest nous guide au travers des âges, d’un bout à l’autre de la nef. Avec passion, il vante l’architecture du bâtiment qu’il décrit minutieusement, attire notre attention sur le triforium et détaille les fresques du retable. Il fustige les « journées de névrose révolutionnaires » pendant lesquelles « les foules déchaînées, ivres ou furieuses » détruisent à coup de pierres et de balles les magnifiques vitraux de l’église, se moque gentiment des paroissiens « qui ont plus de pensées religieuses que de sens artistique », s’émeut devant la beauté de la statue de la Vierge, rend hommage aux donateurs, même les plus modestes, qui ont permis la mise en place des nouveaux vitraux.

Ernest donne aussi de précieux renseignements sur les décisions politiques et artistiques concernant les restaurations et travaux dans l’église, qu’il commente sans langue de bois ! Hélas, la mort vient interrompre cet immense travail d’historien et d’observateur attentif de son époque, sans lui laisser le temps de conclure ce si précieux document…

Notre artiste aurait sans doute été heureux de savoir que sa monographie sur l’église de Taverny serait encore lue et exploitée plus d’un siècle après sa mort. Même s’il commet quelques erreurs comme nous avons pu le constater en comparant différents documents, son œuvre reste notre première source d’information, la plus riche et la plus fiable.

L’ACNDT tenait par cet article à rendre hommage à Ernest Auguste Gaillard pour ce travail exceptionnel : humblement, nous essayons de prendre sa suite pour retracer l’histoire de notre belle église depuis 1909…

Thérèse Leroy

L’ACNDT adresse tous ses remerciements pour leurs conseils dans nos recherches à Madame Evelyne Possémé, Conservatrice en chef du musée des arts décoratifs, et à Monsieur Jean-Jacques Richard, ancien président de la Fédération Nationale des artisans métiers d’art de la Bijouterie-Joaillerie.

Un grand merci également à messieurs Jean-Claude Marc et Lionel Urbain de l’Association généalogique de Taverny dont l’aide précieuse nous a permis de retrouver les traces d’Ernest à Taverny !

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(*) Aujourd’hui numéro 44

Bibliographie :

« La bijouterie française au XIXème siècle » de Henry Vever (archives de la BNF) / Notice Artiste n° 29489 du musée d’Orsay / Bulletins paroissiaux de Taverny de 1905 à 1909 numérisés par l’AGT / Actes civils et relevé de carrière de Ernest : archives nationales de la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur

Sitographie :

« L’art nouveau selon Lucien Gaillard »

Crédits photos :

Coupelle et encrier : Musée d’Orsay / Vase en bronze au lézard (vers 1880) : Gazette Drouot / Signature et papiers administratifs : archives nationales de la Grande Chancellerie de la Légion d’Honneur / Affiche du bal de la chambre syndicale de la Bijouterie : archives de la BNF / Photo de l’église en 1900 : collection de négatifs sur verre de l’ACNDT, numérisés par l’ACNDT / Acte de sépulture d’Ernest Gaillard : archives paroissiales numérisées par l’AGT / Photo de la sépulture d’Ernest Gaillard à Taverny : ACNDT

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